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Autres noms : déshydroépiandrostérone, déhydroépiandrostérone, sulfate de DHEA, DHEA-S, déshydroisoandrostérone, déhydroisoandrostérone, prastérone, stéroïde anabolisant.

Indications
Efficacité probable
Soulager les symptômes du lupus et diminuer le recours aux corticostéroïdes.
Voir la légende des symboles
Efficacité possible
Traiter la dépression.
Efficacité incertaine
Prévenir l’ostéoporose chez les femmes. Améliorer l’humeur et le bien-être psychologique des personnes souffrant d’insuffisance surrénalienne. Contrer les effets du vieillissement. Soulager les symptômes de la ménopause. Prévenir les troubles cardiovasculaires et l’obésité.
Inefficace
Améliorer les performances physiques. Stimuler la fonction sexuelle. Améliorer les fonctions cognitives des personnes âgées.

La molécule de DHEA

La molécule de DHEA

Posologie de la DHEA
Lupus
Le dosage utilisé au cours des études cliniques est de 200 mg par jour.
Note. Le lupus relève d’un diagnostic et d’un suivi médical.

Dépression

Les données actuelles ne permettent pas de suggérer un dosage efficace en cas de dépression. Au cours des études cliniques, le dosage a varié de 90 mg à 500 mg par jour.
Attention. Les effets à long terme d’une supplémentation en DHEA supérieure à 50 mg par jour sont inconnus et pourraient causer des effets indésirables (voir Précautions).

Description de la DHEA

La déhydroépiandrostérone (DHEA) est une hormone stéroïdienne anabolisante que les glandes surrénales des humains et de quelques primates supérieurs produisent naturellement à partir du cholestérol. Dans l’organisme, on la retrouve sous la forme de sulfate de DHEA (S-DHEA), plus particulièrement dans le cerveau, les surrénales, les ovaires, les testicules, les tissus adipeux, la peau et le sang. Elle peut servir à l’organisme de matériau de départ pour la production d’autres hormones, telles que l’oestrogène ou la testostérone. Sa fonction spécifique, outre le fait de participer à la production d’autres hormones, n’est pas encore bien comprise.

La DHEA est produite en grande quantité par l’organisme juste avant la puberté. Sa production atteint un sommet dans la vingtaine, puis les taux corporels diminuent progressivement. À 60 ans, le corps produit à peine 15 % à 20 % de la DHEA qu’il produisait à 20 ans. Selon certains chercheurs, cette baisse contribuerait à déclencher certaines maladies, ce qui a valu à cette substance d’être qualifiée d’« hormone de jeunesse ».

Il n’existe pas de source alimentaire de DHEA. La croyance qui veut que la diosgénine (qu’on retrouve surtout dans l’igname sauvage, mais également dans d’autres plantes, notamment le soya, le trèfle rouge et le persil) soit un précurseur de la DHEA n’est pas fondée (voir la section Sur les tablettes). Donc, la consommation de ces plantes n’augmente pas la production de DHEA. Les suppléments de DHEA qu’on trouve aux États-Unis sont le résultat d’une hémisynthèse chimique réalisée en laboratoire à partir de phytoestrogènes provenant de l’igname sauvage ou du soya.

Carence en DHEA

Les personnes souffrant d’insuffisance surrénalienne ou qui ont subi l’ablation des surrénales ne produisent pas de DHEA puisque ces glandes en sont la source presque exclusive. À noter également : les glucocorticoïdes de synthèse (cortisone) peuvent empêcher la production naturelle de DHEA par les surrénales.

À partir de 30 ans, l’organisme se met à produire progressivement moins de DHEA. Actuellement, on ne peut dire s’il est possible, ou même souhaitable, de contrer ce phénomène naturel de manière sécuritaire.

Historique de la DHEA

Isolée en 1931, la DHEA commence à éveiller l’intérêt du public au cours des années 1980. Elle entre alors dans la composition de produits amaigrissants offerts en vente libre aux États-Unis. Vers la fin de cette décennie, la Food and Drug Administration (FDA) restreint son usage aux seuls médicaments d’ordonnance. Les experts qui croient aux vertus thérapeutiques de cette hormone pensent alors qu’il faut la considérer comme une substance expérimentale et qu’elle ne devrait pas être offerte en vente libre. Toutefois, en 1994, la FDA autorise de nouveau la vente libre de la DHEA, qui est désormais commercialisée comme supplément alimentaire. Au Canada, cependant, sa vente est interdite, sauf sur ordonnance, en préparation magistrale délivrée par un pharmacien spécialisé.

Dans la majorité des pays d’Europe, la DHEA a un statut de médicament sans avoir fait l’objet d’une autorisation officielle de mise en marché, une procédure coûteuse qu’aucune compagnie pharmaceutique n’a entamée. En effet, comme il s’agit d’une hormone naturelle, elle n’est pas brevetable et ne présente donc guère d’intérêt pour les investisseurs.

Par ailleurs, la consommation de DHEA par les athlètes est interdite par le Code mondial antidopage. Cependant, dans les dernières années, quelques athlètes d’élite ont fait les manchettes après des tests positifs (cyclisme, rugby, soccer, tennis et athlétisme).

Recherches sur la DHEA

Le taux de DHEA dans l’organisme, en plus de diminuer tout au long de la vie, peut aussi varier beaucoup d’un individu à l’autre, de même que suivant le sexe des sujets. Ainsi, dans certaines études, la DHEA a eu un effet plus marqué sur les femmes que sur les hommes. La supplémentation en DHEA semble efficace dans certaines situations particulières seulement. C’est notamment le cas quand les sujets présentent des taux très bas de cette hormone, causés, par exemple, par une insuffisance surrénalienne ou un traitement prolongé aux corticostéroïdes. Dans les autres cas, malgré de nombreuses études, la DHEA n’a généralement pas fait ses preuves.

Efficacité probable Lupus érythémateux. Au cours de 7 essais à double insu avec placebo (842 femmes en tout) d’une durée de 6 mois à 12 mois, la prise de 200 mg de DHEA par jour a entraîné une modeste amélioration de la qualité de vie des participantes. En revanche, l’effet positif de la DHEA sur la fréquence des crises et la progression du lupus reste incertain. Notez qu’au cours d’un essai récent, une dose de 200 mg par jour durant 1 an n’a pas été plus efficace qu’un placebo pour réduire la fatigue et améliorer le bien-être physique et mental de femmes dont le lupus était en rémission.

Par ailleurs, cette maladie est généralement traitée par des corticostéroïdes, lesquels provoquent une diminution de la densité osseuse. Des essais cliniques préliminaires et des observations de cas ont été publiés à ce sujet. Les résultats indiquent qu’une dose de 200 mg de DHEA ou de prastérone (la forme synthétique de DHEA) par jour durant 7 à 12 mois permettrait de diminuer le dosage de corticostéroïdes, ce qui pourrait atténuer les risques d’ostéoporose attribuables à leur emploi.

Des chercheurs ont vérifié l’efficacité de la DHEA auprès de femmes atteintes du syndrome de Gougerot-Sjögren, une autre maladie auto-immune. La DHEA, à raison de 50 mg par jour, n’a pas réduit la fatigue des participantes par rapport à un placebo.

Efficacité possible Dépression. Au cours d’une étude épidémiologique portant sur environ 700 femmes ménopausées, on a observé une corrélation entre la dépression et un faible taux de DHEA dans l’organisme10. Des chercheurs polonais ont également constaté une association entre de faibles taux de DHEA et une dépression grave chez des hommes souffrant de maladies du coeur11. De plus, un essai sur 34 patients indique qu’il existe un lien entre une élévation des taux de DHEA dans l’organisme et une atténuation des symptômes dépressifs.

En ce qui concerne la supplémentation, quelques essais préliminaires indiquent que la prise de 90 mg à 500 mg par jour de DHEA peut diminuer les symptômes dépressifs des patients souffrant de dépression mineure et majeure13-15, de schizophrénie16 et de sida17. Au cours d’un essai de plus grande envergure (145 sujets), on a obtenu de bons résultats, à raison de 100 mg à 400 mg de DHEA par jour, auprès de personnes sidéennes souffrant de dépression.

Efficacité incertaine Ostéoporose. Les essais menés jusqu’en 2006 ont donné des résultats mitigés. Deux études plus récentes et de plus longue durée (1 an et 2 ans) indiquent que 50 mg de DHEA par jour peut augmenter la densité osseuse de la colonne vertébrale lombaire chez les femmes, mais pas chez les hommes. L’effet est plus marqué lorsque les participantes prennent aussi de la vitamine D et du calcium. La durée du traitement semble importante, car, au cours d’un essai récent d’une durée de 6 mois seulement, la DHEA n’a pas eu d’effet sur la densité osseuse de femmes âgées et frêles.

Efficacité incertaine Insuffisance surrénalienne. Chez les personnes souffrant de cette maladie, le corps ne produit pas de DHEA. La supplémentation semblerait donc un traitement logique, mais les résultats cliniques sont contradictoires. Selon les résultats d’une synthèse systématique portant sur 10 essais avec placebo, la prise de DHEA aurait des effets très modestes. Elle a un léger effet favorable sur la dépression, mais pas sur la vie sexuelle et l’anxiété des personnes atteintes. Les auteures d’une autre synthèse, qui se sont penchées sur les effets de la DHEA sur le bien-être et la vie sexuelle des femmes ont un avis différent. Elles ont conclu que les femmes atteintes d’insuffisance surrénalienne étaient les plus susceptibles de répondre favorablement, sur le plan du bien-être et de la sexualité, à un traitement à base de DHEA.

Efficacité incertaine Vieillissement. Une étude a fait grimper en flèche les ventes de DHEA. Elle était dirigée par le Dr Étienne-Émile Baulieu et a été publiée en 200022. Ses résultats encourageants et ceux de quelques autres essais ont soulevé une vague d’espoir en faisant miroiter une mythique fontaine de Jouvence. Cependant, dans l’ensemble, les effets se sont avérés, en réalité, plutôt modestes ou négligeables au chapitre de la mémoire, du risque cardiovasculaire, de l’humeur et du bien-être chez les personnes âgées.

Efficacité incertaine Ménopause. Les auteures d’une synthèse publiée en 2010 soulignent que la DHEA n’a pas fait ses preuves pour soulager les symptômes de la ménopause. D’une part, plusieurs essais ont été de courte durée ou ne comptaient pas beaucoup de patientes, ce qui expliquerait leurs résultats contradictoires. D’autre part, les études les plus récentes n’ont pas été concluantes. Seule la DHEA appliquée par voie vaginale pourrait soulager les femmes souffrant d’atrophie vaginale.

Efficacité incertaine Protection cardiovasculaire. Selon une synthèse publiée en 2004, les données ne permettent pas de conclure que la DHEA réduit ou accroît le risque de maladie cardiovasculaire. D’une part, il n’y a pas de lien clair entre un faible taux de DHEA dans l’organisme et le risque de maladie cardiovasculaire. D’autre part, la prise de DHEA a donné des résultats contradictoires au cours des essais sur le taux de cholestérol : soit le traitement n’a pas eu d’effet, soit la baisse a été modeste. De plus, les essais cliniques publiés depuis n’ont pas été concluants. Ainsi, la DHEA (75mg/jour pendant 2 ans) ne modifie pas les taux de « bon » et « mauvais » cholestérol (respectivement appelés HDL et LDL) chez les hommes âgés ayant de faibles taux de DHEA, et semble même abaisser les taux de bon cholestérol chez les femmes âgées.

Efficacité incertaine Obésité et gras abdominal. Plusieurs études d’observation ont établi un lien entre un taux élevé de DHEA dans l’organisme et une obésité moindre, notamment à l’abdomen. On a donc vérifié l’effet d’une supplémentation en DHEA sur le taux et la distribution du gras corporel. Selon l’auteur d’une synthèse publiée en 2004, sur les 14 études cliniques publiées à ce sujet, seulement 4 ont donné des résultats concluants. Les résultats des essais publiés depuis ont été mitigés.

Inefficace Performances physiques. Selon les auteurs d’une synthèse publiée en 2010, l’efficacité de la DHEA pour améliorer les performances physiques relève plus du mythe que de la réalité. Les études à court terme effectuées sur des athlètes masculins prenant de hautes doses ont donné des résultats non concluants. Les essais à plus long terme menés sur des personnes âgées prenant 50 mg par jour ont entraîné, au mieux, de négligeables améliorations.

Inefficace Fonction sexuelle. Selon 2 synthèses publiées en 2006 et en 2007, l’utilisation de la DHEA pour améliorer la fonction sexuelle chez les femmes en bonne santé demeure, pour l’instant, peu convaincante. Un essai publié depuis n’a pas non plus été concluant.

Chez les hommes souffrant ou non de dysfonction sexuelle, les données sur la DHEA ne sont pas convaincantes non plus, les essais ayant donné des résultats contradictoires.

Inefficace Fonctions cognitives chez les personnes âgées. On a cru, pendant un temps, qu’en administrant de la DHEA aux personnes âgées, on pouvait améliorer leurs fonctions cognitives et leur bien-être psychique. Toutefois, quelques études indiquent que le déclin normal de la production de DHEA par l’organisme vieillissant n’a aucune incidence sur les fonctions cognitives. De plus, l’ensemble des études cliniques pointe vers l’absence d’effet positif d’une supplémentation en DHEA.

Par ailleurs, les résultats d’un essai clinique publié en 2003 et portant sur le potentiel de la DHEA dans le traitement de la maladie d’Alzheimer indiquent que l’hormone a été sans effet à cet égard57.

Précautions

Attention
Les effets à long terme d’une supplémentation en DHEA supérieure à 50 mg par jour sont inconnus, car les études cliniques sur des doses supérieures ont duré 1 an ou moins. À la lumière des connaissances actuelles, il serait préférable de n’entreprendre un traitement que sur les conseils d’un médecin qui devrait vérifier régulièrement les taux sanguins de cholestérol et de stéroïdes, la tolérance au glucose, et la possible apparition de cellules cancéreuses.
On a comparé le taux sanguin de DHEA de femmes atteintes de cancer du sein et de femmes non atteintes : Les résultats indiquent qu’un taux élevé est associé à un risque de cancer du sein accru, tant chez les femmes préménopausées que chez celles qui sont en post-ménopause.

Contre-indications

Grossesse ou allaitement.
Puisqu’il s’agit d’une hormone qui peut se transformer en oestrogène ou en testostérone, les personnes à risque de cancer hormonodépendant (cancer du sein, de l’utérus, des ovaires, de la prostate) devraient s’abstenir. Cependant, plusieurs essais in vitro et sur des animaux pointent, au contraire, vers de possibles propriétés anticancéreuses de la DHEA.
Insuffisance hépatique ou rénale.

Effets indésirables

Généralement bénins à des doses quotidiennes de 50 mg ou moins.
À des doses de 200 mg par jour, la prise de DHEA peut causer de l’acné et l’hirsutisme.
Au cours de 2 essais auprès de femmes souffrant de lupus, la prise de DHEA a fait baisser le taux de « bon » cholestérol (HDL) des participantes3,4. Un effet semblable a été constaté au cours d’un essai auprès de femmes âgées ayant pris 50 mg de DHEA durant 2 ans.
La DHEA peut, plus rarement, entraîner un changement de la voix chez les femmes, une chute des cheveux, une résistance à l’insuline, des douleurs abdominales, des troubles hépatiques, de l’hypertension artérielle, de la congestion nasale, de la fatigue, de l’insomnie (hautes doses) et des maux de tête.
La DHEA peut accroître les crises de manie et d’irritabilité chez les personnes souffrant de troubles de l’humeur (par exemple de troubles bipolaires).

Interactions

Avec des plantes ou des suppléments
Aucune connue.
Avec des médicaments
La DHEA peut interagir avec des médicaments qui bloquent les effets de l’oestrogène (tamoxifène, létrozole, fulvestrant, exémestane, anastrozole).
La prise d’insuline pourrait diminuer l’efficacité de la DHEA.
Les corticostéroïdes (dexaméthasone, hydrocortisone, méthylprednisolone, prednisone) peuvent empêcher ou réduire la production naturelle de DHEA par l’organisme.

Sur les tablettes

Rappelons que la vente libre de DHEA est interdite au Canada, sauf sur ordonnance en préparation magistrale. En septembre 2008, Santé Canada a émis une mise en garde au sujet de produits vendus sans ordonnance contenant des hormones, dont de la DHEA. En 2010, des produits vendus par 4 magasins situés en Colombie-Britannique ont été retirés du marché : 5 d’entre eux étaient des suppléments de DHEA.
On trouve dans le commerce des produits présentés comme de la DHEA « naturelle ». Il s’agit généralement d’extraits d’igname, de soya ou de trèfle rouge, qui contiennent de la diosgénine, un phytoestrogène. Rien ne permet de croire pour l’instant que l’organisme puisse transformer cette diosgénine en DHEA. Ce processus exige une série de synthèses chimiques qu’on ne peut reproduire qu’en laboratoire. Il n’existe donc pas de source « naturelle » de DHEA. Seul l’organisme en produit naturellement, par les glandes des surrénales, lorsqu’il est en âge de le faire.


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